Le petit chaperon vert
Texte de théâtre de CAMI

PREMIER ACTE Coïncidences tragiques.
DEUXIEME ACTE La ruse du Petit Chaperon vert.


PREMIER ACTE Coïncidences tragiques.

                                                                     

La scène représente l'intérieur d'une maison

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT. Nous habitons la maison où logeait autrefois le célèbre Petit Chaperon rouge, qui fut mangé par le loup.

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT. Etrange coïncidence: notre ravissante petite fille porte avec tant de grâce un petit chapeau vert qu'on l'appelle partout: le Petit Chaperon vert.

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT. Coïncidence plus extraordinaire encore: la mère-grand de notre petite fille demeure au village voisin, comme jadis celle du Petit Chaperon rouge, et pour aller chez elle, il faut traverser la forêt prochaine.

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT. Ne dit-on pas aussi que le fameux loup qui dévora le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère rôde toujours dans la forêt ?

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT. Oui, toutes ces coïncidences sont particulièrement troublantes.

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT. D'autant plus troublantes qu'aujourd'hui même j'ai fait cuire des galettes et...

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT, pâlissant. - Des galettes! C'est affreux! Ah! Je devine la suite! Tu vas envoyer notre fille le Petit Chaperon vert porter à sa mère-grand une galette ?

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT. Oui, une galette et un petit pot de beurre.

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT. - Un petit pot de beurre ! C'est horrible ! Ce sont là d'extraordinaires et tragiques coïncidences !
Mais, chut ! Voici le Petit Chaperon vert qui revient de l'école.

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT, au Petit Chaperon vert. - Va voir comment se porte ta mère-grand. Porte-lui cette galette et ce petit pot de beurre.

LE PERE DU PETIT CHAPERON VERT, joyeusement. - Tiens, comme le Petit Chaperon rouge !

LA MERE DU PETIT CHAPERON VERT, avec anxiété. - Comme le Petit Chaperon rouge! Oh ! mon coeur est rempli de sombres pressentiments. Dois-je la laisser partir ?

LE PETIT CHAPERON VERT. - Ne craignez rien, chers parents. Le Petit Chaperon vert est plus rusé que le Petit Chaperon rouge. Si par hasard je trouve le loup dans le lit de mère-grand, il ne pourra pas me dévorer. J'ai une idée.
(Elle part.)

 



DEUXIEME ACTE La ruse du Petit Chaperon vert.


La scène représente l'intérieur de la maison de la mère-grand.

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE, couché dans le lit. - Dès que j'ai aperçu le Petit Chaperon vert se diriger vers maison de sa mère-grand, j'ai opéré de la même manière qu'autrefois pour le Petit Chaperon rouge. Je suis arrivé le premier chez la mère-grand. J'ai dévoré rapidement cette vieille dame, j'ai pris sa place dans le lit et j'attends le Petit Chaperon vert, il ne vas pas tarder à heurter à la porte.

LE PETIT CHAPERON VERT, frappant à la porte. - C'est votre fille le Petit Chaperon vert qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre.

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE, adoucissant sa voix. Tirez la chevillette et la bobinette cherra. (Le Petit Chape-ron vert entre.) Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher auprès de moi.

LE PETIT CHAPERON VERT, à part. - Ciel ! C'est le loup! Je reconnais la même phrase qu'il prononça jadis pour attirer le Petit Chaperon rouge dans le lit. Le misérable est en train de digérer mère-grand, mais grâce à mon idée, il lui sera impossible de me dévorer.

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. -Eh bien, viens-tu te coucher, mon enfant?

LE PETIT CHAPERON VERT, se couchant près du loup. - Me voilà! Oh! mère-grand, que vous avez de grands bras ?

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT HAPERON ROUGE. - C'est pour mieux t'embrasser, mon enfant.

LE PETIT CHAPERON VERT. - Mère-grand, que vous avez de grandes jambes!

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. - C'est pour mieux courir, mon enfant.

LE PETIT CHAPERON VERT. - Mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. - C'est pour mieux t'écouter, mon enfant.

LE PETIT CHAPERON VERT. Mère-grand, que vous avez de grands yeux !

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. - C'est pour mieux te voir, mon enfant! (A part.) Apprêtons-nous !

LE PETIT CHAPERON VERT. - Mère-grand, que vous avez de grands bras!

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE, interloqué. - Mais tu l'as déjà dit, mon enfant !

LE PETIT CHAPERON VERT, continuant. -Mère-grand, que vous avez de grandes jambes,

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. - Mais tu répètes toujours la même chose! Voyons, il y a autre chose à demander, par exemple (Insinuant.) : mère-grand, que vous avez de grandes...

LE PETIT CHAPERON VERT. ... de grandes oreilles !

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE. - Mais non, de grandes... de grandes... (Très insinuant.) ça commence par un d.

LE PETIT CHAPERON VERT. -... de grandes jambes!

LE LOUP QUI MANGEA JADIS LE PETIT CHAPERON ROUGE, sautant du lit. - Enfer et damnation ! ! ! Ce Petit Chaperon vert se joue de moi ! Cette rusée petite fille s'obstine à ne pas dire : « Mère-grand, que vous avez de grandes dents! » Alors, naturellement, je ne peux pas sauter sur elle et lui répondre: « C'est pour te manger! »
(Avec un soupir de regret.) Ah ! où sont les enfants naïfs et faciles à dévorer d'autrefois ?
(Il sort, furieux.)


RIDEAU